Si vous êtes étudiant en comptabilité, comptable junior ou en reconversion dans l'espace OHADA, le plan comptable SYSCOHADA révisé est le document que vous consulterez le plus souvent de toute votre carrière. Ce n'est pas un manuel qu'on lit une fois : c'est un référentiel qu'on apprend à interroger.

Le problème, c'est que la plupart des supports disponibles en ligne se contentent d'en publier la liste brute. Une liste de comptes ne vous apprend pas à imputer. Ce guide prend le problème dans l'autre sens : comprendre la logique de construction du plan, pour être capable de retrouver le bon compte même quand vous ne l'avez jamais rencontré.

Qu'est-ce que le SYSCOHADA révisé ?

Le SYSCOHADA est le système comptable commun aux 17 États membres de l'OHADA, dont le Sénégal. Il fixe la nomenclature des comptes, les règles d'évaluation et le format des états financiers.

Sa version actuelle découle de l'Acte uniforme relatif au droit comptable et à l'information financière, dit AUDCIF, adopté par le Conseil des Ministres de l'OHADA le 26 janvier 2017 à Brazzaville et publié au Journal Officiel de l'Organisation le 15 février 2017. Ce texte abroge et remplace l'Acte uniforme du 24 mars 2000 portant organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises.

Attention à une confusion fréquente : on parle souvent du "SYSCOHADA 2016" ou du "SYSCOHADA 2017" selon qu'on se réfère aux travaux de révision ou à la date d'adoption. La seule date qui compte pour vous est celle de l'entrée en vigueur.

Depuis quand s'applique-t-il ?

Deux dates, à ne pas mélanger :

  • 1er janvier 2018 pour les comptes personnels des entités
  • 1er janvier 2019 pour les comptes consolidés, les comptes combinés et les états financiers en normes IFRS

Autrement dit, toute entreprise sénégalaise clôturant un exercice ouvert à compter du 1er janvier 2018 applique obligatoirement le référentiel révisé. Si vous tombez sur un support de cours antérieur à 2018, considérez-le comme périmé sur la nomenclature.

Les deux systèmes : normal et SMT

Le SYSCOHADA ne s'applique pas de façon identique à toutes les entités. L'AUDCIF ne retient plus que deux systèmes de présentation, contre trois auparavant.

Le système normal

C'est le régime de droit commun. Toute entité y est soumise, sauf exception liée à sa taille. Il impose l'établissement de quatre documents :

  • le Bilan
  • le Compte de résultat de l'exercice
  • le Tableau des flux de trésorerie
  • les Notes annexes

Retenez ce point, car c'est une nouveauté du référentiel révisé : le Tableau des flux de trésorerie a remplacé l'ancien TAFIRE. Les états financiers forment un tout indissociable.

Le système minimal de trésorerie (SMT)

Les petites entités relèvent, sauf option contraire, du système minimal de trésorerie. Elles tiennent une comptabilité de trésorerie et produisent un Bilan, un Compte de résultat et des Notes annexes établis à partir de celle-ci.

Sont éligibles au SMT les entités dont le chiffre d'affaires hors taxes annuel est inférieur à :

Type d'activité Seuil de chiffre d'affaires HT
Entités de négoce 60 000 000 F CFA
Entités artisanales et assimilées 40 000 000 F CFA
Entités de service 30 000 000 F CFA

Deux évolutions importantes ici. D'abord, ces seuils ont été substantiellement relevés par rapport au référentiel précédent, ce qui élargit le nombre de petites entités concernées. Ensuite, le système allégé, qui constituait un régime intermédiaire, a été supprimé. En pratique, dans un cabinet sénégalais, vous rencontrerez donc majoritairement deux profils de dossiers, et non trois.

La logique de codification : comprendre avant de mémoriser

Le SYSCOHADA retient une codification décimale organisée en neuf classes numérotées de 1 à 9. C'est le point le plus important de cet article, parce qu'il vous évite d'apprendre par cœur.

Le principe : le premier chiffre donne la classe, le deuxième affine la catégorie, le troisième le compte divisionnaire, et ainsi de suite. Plus vous ajoutez de chiffres, plus vous descendez dans le détail. Le compte 101 est une subdivision du compte 10, lui-même rattaché à la classe 1.

Les huit premières classes relèvent de la comptabilité générale. La classe 9 est réservée à la comptabilité des engagements et à la comptabilité analytique de gestion.

Autre découpage à connaître :

  • Classes 1 à 5 : les comptes de bilan
  • Classes 6 à 8 : les comptes de charges et de produits, qui construisent le résultat

Les 9 classes du plan comptable SYSCOHADA révisé

Classe 1 - Comptes de ressources durables

Capitaux propres et dettes financières : capital, réserves, résultat, subventions d'investissement, provisions réglementées, emprunts et dettes assimilées. Ce sont les ressources stables qui financent durablement l'entité.

Quelques comptes structurants :

  • 10 Capital et ressources assimilées, dont 101 Capital social
  • 109 Apporteurs, capital souscrit non appelé
  • 12 Report à nouveau
  • 14 Subventions d'investissement
  • 15 Provisions réglementées
  • 16 Emprunts et dettes assimilées
  • 19 Provisions pour risques et charges

Classe 2 - Comptes d'actif immobilisé

Tout ce que l'entité détient durablement : immobilisations incorporelles, corporelles et financières.

Classe 3 - Comptes de stocks

Marchandises, matières premières, produits en cours, produits finis. C'est la classe qui vit au rythme de l'inventaire. Leur ajustement à la clôture relève des travaux d'inventaire, détaillés écriture par écriture dans un guide dédié.

Classe 4 - Comptes de tiers

Fournisseurs, clients, personnel, État, associés, débiteurs et créditeurs divers. C'est la classe la plus manipulée au quotidien, et celle où se concentrent la majorité des erreurs d'imputation en début de carrière. Le cycle de la créance client, de la facturation à l'effet escompté, fait l'objet d'un guide complet.

Classe 5 - Comptes de trésorerie

Banques, caisses, chèques postaux, valeurs à encaisser, instruments de trésorerie.

Classe 6 - Comptes de charges des activités ordinaires

Achats, services extérieurs, charges de personnel, impôts et taxes, charges financières liées à l'exploitation courante.

Classe 7 - Comptes de produits des activités ordinaires

Ventes, prestations, produits accessoires, subventions d'exploitation, produits financiers courants.

Classe 8 - Comptes des autres charges et autres produits

C'est la classe des opérations hors activités ordinaires (HAO) et des comptes de détermination du résultat. La distinction entre activités ordinaires et HAO a été maintenue par le référentiel révisé : les charges et produits HAO correspondent à des flux non récurrents, à caractère accidentel.

Classe 9 - Comptes des engagements et comptabilité analytique

Engagements hors bilan d'un côté, comptabilité analytique de gestion de l'autre. Cette classe n'entre pas dans la construction des états financiers, ce qui explique qu'elle soit souvent négligée en formation.

La règle de lecture qui fait gagner du temps : la terminaison 9

Voici un réflexe que peu d'étudiants acquièrent tôt, et qui distingue immédiatement un profil solide.

Dans les classes de bilan, la terminaison 9 signale les provisions et les dépréciations. Le compte 39 correspond aux dépréciations des stocks, dans la classe 3. La même logique s'applique dans les autres classes de bilan.

Dans les comptes de gestion des classes 6 et 7, la terminaison 9 joue un rôle comparable : elle se rapporte aux opérations concernant les provisions.

Conséquence pratique : quand vous cherchez le compte de dépréciation d'un élément d'actif, vous n'avez pas besoin de la liste. Vous connaissez déjà la logique de construction.

Ce que le référentiel révisé a changé

Si vous avez appris sur des supports antérieurs à 2018, voici les évolutions à intégrer en priorité :

  • Suppression du système allégé et relèvement des seuils du SMT
  • Remplacement du TAFIRE par le Tableau des flux de trésorerie
  • Comptabilisation des indemnités de fin de carrière, à porter au crédit du compte 196 Provisions pour pensions et obligations similaires. La première année d'application constitue un changement de méthode comptable, avec retraitement en principe rétrospectif par imputation sur les réserves
  • Approche par composants pour les immobilisations : chaque élément peut être comptabilisé séparément dès son acquisition ou son remplacement, si son coût est évaluable de façon fiable et significatif par rapport au coût total
  • Disparition des charges immobilisées à l'actif du bilan
  • Obligation IFRS pour les entités cotées ou faisant appel public à l'épargne, en sus des états financiers SYSCOHADA

Un point qui revient souvent en entretien d'embauche : la notion de juste valeur n'est pas retenue par le SYSCOHADA révisé. Le référentiel s'est rapproché des IFRS sur plusieurs traitements, sans les adopter.

Méthode d'imputation : les quatre questions à se poser

Le plan comptable ne remplace pas le raisonnement. Voici la séquence à appliquer systématiquement, avant d'ouvrir le référentiel.

  1. Quelle est la nature de l'opération ? Achat, vente, règlement, acquisition d'immobilisation, constatation d'une charge ou d'un produit, mouvement de trésorerie.
  2. Est-ce un flux de bilan ou de résultat ? Cette question seule élimine la moitié des classes.
  3. Est-ce une activité ordinaire ou HAO ? Un flux récurrent d'exploitation ne va jamais en classe 8.
  4. Quelle est la contrepartie ? Une écriture qui ne vous laisse pas identifier immédiatement sa contrepartie est presque toujours une écriture mal comprise.

Vérifiez ensuite le libellé, la classe et le sens habituel du mouvement avant d'enregistrer, et conservez une pièce justificative probante avec un libellé précis. La traçabilité n'est pas une formalité : c'est ce sur quoi un auditeur vous jugera.

Questions fréquentes

Le SYSCOHADA révisé s'applique-t-il au Sénégal ? Oui. Le Sénégal est membre de l'OHADA et le référentiel s'applique de plein droit aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2018.

Quelle différence entre SYSCOA et SYSCOHADA ? Le SYSCOA était le système comptable ouest-africain de l'UEMOA, applicable à partir de 1998. Il a ensuite été étendu, légèrement modifié, à l'ensemble des pays de l'OHADA sous l'appellation SYSCOHADA. Aujourd'hui, un seul référentiel a vocation à s'appliquer.

Combien de comptes contient le plan ? Les décomptes publiés varient selon la profondeur retenue et les subdivisions facultatives. La question n'a pas d'intérêt pratique : ce qui compte est la maîtrise de la logique de codification.

Où trouver le texte officiel ? Le texte de référence est l'AUDCIF publié au Journal Officiel de l'OHADA du 15 février 2017, disponible sur le site institutionnel de l'organisation. Méfiez-vous des versions circulant en PDF sans mention de source : plusieurs contiennent des dates erronées.

Ce qu'il faut retenir

Le plan comptable SYSCOHADA révisé n'est pas une liste à mémoriser mais un système à comprendre. Neuf classes, une codification décimale, une frontière nette entre bilan et résultat, une distinction entre activités ordinaires et HAO, et quelques règles de lecture comme la terminaison 9.

Un comptable qui maîtrise cette architecture impute correctement un compte qu'il n'a jamais vu. Un comptable qui a mémorisé une liste bloque à la première opération inhabituelle. C'est exactement la différence que cherchent les recruteurs. Des exercices corrigés d'écritures permettent de vérifier cette maîtrise, énoncé par énoncé.